Nous sommes des ex-militants de SUD Éducation dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR) qui avons décidé en septembre dernier de quitter collectivement la fédération SUD Éducation, et de fonder un nouveau syndicat dans l’ESR. Dans le texte « Pourquoi nous quittons la fédération SUD Éducation », nous dénoncions le fonctionnement bureaucratique et vertical de la fédération, empêchant le développement concret de ce qui nous semble prioritaire : la défense des conditions de travail et du sens des métiers dans l’ESR, toutes catégories professionnelles confondues.
Notre nouveau syndicat devait s’appeler SUD ESR. En effet, dans nos établissements, aux yeux de nos collègues, à travers nos interventions dans les instances, nos communications locales, nos actions de lutte collective, « SUD » c’est (aussi) nous. Restant attachés à l’unité syndicale, nous avons immédiatement accepté la discussion proposée par des membres de la commission ESR suite à l’annonce de notre départ. Cependant, deux jours avant cette réunion, c’est la Commission Exécutive (CE) qui nous a écrit, nous demandant, entre autres, de ne plus utiliser le sigle SUD, sans quoi la CE « engagerait toutes les démarches nécessaires pour [nous] obliger, y compris par voie judiciaire, à changer de nom ». (Voir message complet en annexe). Rappelons pourtant que la tradition du syndicalisme français est jalonnée de scissions et recompositions, et que bien souvent les formations dissidentes conservent une partie du nom de départ (comme par exemple la CGT-FO).
Il est navrant (mais peu surprenant…) de recevoir une telle mise en demeure, instaurant d’emblée le rapport de forces, alors qu’un dialogue informel avec les camarades de la com ESR était en cours. De notre côté, nous œuvrons localement à préserver les collectifs militants dans lesquels nous sommes impliqués. Notre priorité est de maintenir cette unité, pour poursuivre l’action de défense des conditions de travail, dans les instances de représentation syndicale (CSA, F3SCT), en intervention directe aux côtés des collègues face à l’administration, et à travers les luttes collectives – c’est le travail syndical de terrain qui nous préoccupe, et non « la présence de SUD Éducation dans les médias et sur les réseaux sociaux » évoquée par la CE.
Nous ne pouvons connaître à l’avance les « voies judiciaires » que la CE de SUD Éducation se prépare à emprunter contre nous… mais nous pouvons nous baser sur l’expérience récente du syndicat SUD Luttes De Classes Éducation (SUD LDC, anciennement SUD Éducation Académie de Grenoble). Après une action judiciaire pour empêcher ce syndicat de se présenter aux élections professionnelles, la fédération SUD Éducation s’offre maintenant les services du cabinet d’avocats Le Stanc Associés pour l’aider à empêcher SUD LDC d’exister. Ce cabinet, spécialisé en « droit de la propriété intellectuelle, droit des nouvelles technologies, droit des affaires », conseille « des sociétés de toutes tailles, de l’entreprise individuelle à la société multinationale, […] particulièrement de nombreuses start-up ». Voir https://www.lestanc-avocats.com/. Ces avocats ont ainsi mis en demeure SUD LDC de renoncer à son nom, considérant que porter le nom SUD reviendrait à de la « contrefaçon de marque », une « pratique déloyale », un « procédé contraire aux usages du commerce », engendrant un « trouble commercial », une « pratique visant à tirer avantage de la situation économique de l’autre partie en créant de la confusion dans l’esprit du consommateur », etc.
Pour nous, les collègues ne sont pas des consommateurs, et un syndicat n’est pas une entreprise de services. Au contraire, un syndicat doit lutter contre la logique marchande, la pub et la loi du fric, qui gangrènent toutes les relations sociales. C’est aussi ce que nous défendons face aux bureaucraties universitaires qui n’ont plus que la concurrence, la « propriété intellectuelle des innovations » et la « logique de marque » à la bouche, en lieu et place du service public.
Un problème syndical devrait pouvoir trouver sa solution dans un cadre de discussion syndical, pas devant les tribunaux chargés de régler les litiges commerciaux entre entreprises capitalistes. Aussi, par principe, nous ne gaspillerons pas d’argent ni de temps militant à lutter sur le terrain du droit commercial.
Qu’on se le dise ! Aux yeux des dirigeants de SUD Éducation, l’acronyme « SUD » est devenu une marque commerciale, dont les prétendus propriétaires défendent le positionnement sur le marché syndical, à coups de communication formatée sur les réseaux « sociaux », de participation aux réunions ministérielles de « négociation »… et désormais de recours au droit commercial et aux tribunaux de commerce face à d’autres syndicats. Qu’à cela ne tienne, nous nous appellerons dorénavant le syndicat Intercatégoriel, Démocratique, Égalitaire et Solidaire de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (IDÉES ESR).
Syndicalement
IDÉES ESR : contact chez idees-esr.fr
Au nom de la défense de sa « marque commerciale », la fédération SUD Éducation cherche à entraver notre action