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« Des apprentissages dans des classes sans professeur » : ERED à l’aide !

Jeudi 28 août 2025 — Dernier ajout jeudi 4 septembre 2025

S’il manque des profs … il n’y a qu’à organiser le remplacement à distance avec le dispositif ERED (Équipe de Remplaçants pour l’Enseignement à Distance)…

Oui, on sait, on sait, il manque des enseignants. Sauf que l’on n’a pas encore déterminé avec précision si c’est parce que ce sont d’irréductibles feignasses ou s’il y aurait un possible rapport avec leurs conditions de travail qui se dégradent et qu’ils n’en peuvent plus.

Mais, comme toujours, le ministère et les rectorats, tellement en lien avec le terrain (ou pas), ont la réponse : une réponse technique à des enjeux profondément politiques/structurels. Ainsi, si un enseignant n’a plus le temps de préparer ses cours, il n’a qu’à utiliser l’IA ; si un élève souffre de phobie scolaire, il peut suivre les cours grâce au « robot de présence » dans la classe ; si un élève a une dysgraphie, il n’y a qu’à le faire « écrire » en tapant tout avec un ordinateur. Et s’il manque des profs … il n’y a qu’à organiser le remplacement à distance avec le dispositif ERED (Équipe de Remplaçants pour l’Enseignement à Distance). Il faut dire que la continuité pédagogique via le numérique a été un tel succès pendant le COVID … Donc, plutôt que d’aborder les problèmes de fond, en déterminer les causes afin de, peut-être, les résoudre, on préfère des pansements (numériques) sur des jambes de bois (bioniques).

En 2022, on apprenait dans Ouest France qu’« il s’agi[ssai]t d’une expérimentation propre à l’académie de Nancy-Metz. Nous n’av[i]ons pas planifié de l’étendre », selon Édouard Geffray, directeur général de l’enseignement scolaire au ministère de l’Éducation nationale [1]. Sauf que l’académie de Lyon [2] s’y est mise aussi fin 2023, d’abord pour l’enseignement des langues vivantes « étrangères »… puis, ô surprise, pour les autres disciplines, comme cela figure sur la fiche de poste. Les professeurs volontaires pour assurer ces heures bénéficieront de primes « innovation pédagogique ». « Une formation sera assurée » : réelle ou virtuelle ? En pratique, « les professeurs seront rattachés au lycée le plus proche de leur domicile. Ils pourront ainsi "travailler au sein d’une équipe pédagogique" [sic], avoir accès au centre de documentation et d’information (CDI) et seront bien sûr dotés de leur propre équipement informatique (ordinateur portable, connexion 4G de secours, etc.). Durant le cours, les élèves seront, eux, surveillés par un assistant d’éducation (AED). » [3] Enfin, incroyable, l’académie de Grenoble s’est lancée également ! D’ailleurs, Cécile Lafond, personnel de direction au collège Le Grand Champ (Isère), est très enthousiaste sur Linkedin. Avec des tas d’émoticônes, elle explique que : « 👉 Cette expérimentation se déroule de façon très positive, grâce à :

  • 💻 Un environnement technique adapté : vidéoprojecteur, barre de visio, salle dédiée.
  • 🙋♂️ L’implication précieuse de nos AED présents à chaque séance pour encadrer les élèves, accompagner les apprentissages et assurer le lien avec l’enseignant à distance.
  • 📚 Des élèves exemplaires, investis, qui se sont pleinement adaptés à ce format et font preuve de sérieux et d’autonomie.
  • 👏 Un grand merci à tous les acteurs mobilisés ! » … on ne saura pas si les AED sont bien volontaires pour cette « mobilisation » ; mais comme leur contrat est précaire, peu importe : ils sont corvéables à « merci ».

Depuis 2024, l’académie d’Aix-Marseille teste aussi le non-remplacement à distance (voir l’analyse qu’en fait le SNES). Pour un dispositif qui n’est censé être qu’une expérimentation ponctuelle, ça commence à faire beaucoup ! On notera que tout cela est permis par un des articles de la loi dite de « L’école de la confiance » qui encourage et permet la mise en place de pratiques innovantes. Sauf qu’il est bien précisé que ces expérimentations doivent faire l’objet d’une évaluation. Aussi, toujours avec le numérique, (on ne change pas une équipe qui perd), les académies mettent en place des sondages à destination des élèves, des parents et, des binômes enseignant/AED. Sauf qu’à ce jour, on ne sait rien de ces « enquêtes de satisfaction ».

Pourquoi donc les syndicats (FO, SNES, SNALC…) sont-ils moyennement enthousiastes ? Peut-être sont-ils frileux face à la nouveauté ? Ou alors, peut-être qu’ils préféreraient que l’on se demande pourquoi plus personne ne veut devenir enseignant, pourquoi tant d’enseignants sont absents et doivent être remplacés, pourquoi il manque tant de remplaçants. Peut-être que l’on pourrait se demander si les AED, déjà pas assez nombreux, n’ont pas autre chose à faire que de surveiller des classes et de vérifier que l’installation numérique fonctionne. Autre chose à faire, tout simplement parce que ça ne fait pas partie de leurs missions. Quant aux remplaçants (TZR), on leur fait miroiter qu’ils auront ainsi moins de trajet à faire. Mais pourquoi circulent-ils tant ? Parce qu’il y en a de moins en moins. Et comment trouveraient-ils encore du sens à leur métier s’ils ne rencontrent même pas leurs élèves ? S’ils ne sont pas face à eux en chair et en neurones pour les comprendre, les connaître, s’adapter à eux, avoir de vraies interactions humaines. Enseigner ne consiste pas à traiter des données (confondues avec le savoir), c’est cela passe par une relation humaine où les connaissances sont incarnées. Est-il vraiment besoin de le rappeler ?

On nous répondra sans doute que les cours « à distance » sont insatisfaisants, mais qu’il faut bien faire un effort, s’adapter, que c’est pour le bien des élèves. Eh bien non. Cela rassure peut-être les parents, mais les élèves n’y gagnent rien. De plus, si on continue à mettre en place de tels ersatz d’enseignement, on cache la réalité du problème : le manque abyssal d’enseignants, de remplaçants, le nombre croissant de collègues en arrêt parce qu’ils n’en peuvent plus, justement, de faire des efforts et de s’adapter. Nous ne sommes pas des galériens condamnés à s’épuiser de plus en plus parce que, justement, de plus en plus de d’autres galériens abandonnent.

Quand on veut tuer son chien on l’accuse d’avoir la rage. Quand on veut tuer l’enseignement et dénigrer les profs, on fait en sorte qu’ils partent ou se mettent en arrêt et puis on les accuse d’être des lâcheurs et des fainéants et on propose des « solutions » digitales. Tout comme quand on veut casser le système de santé, on fait en sorte que les personnels, épuisés, n’arrivent plus à fournir un service de qualité. Tout comme, quand on veut fermer des lignes de train et privatiser la SNCF, on fait en sorte que prendre le train devienne cher, compliqué et aléatoire. Tout comme, à Orange, on a poussé vers la sortie ou vers les fenêtres des tas de travailleurs qui faisaient de leur mieux. On la connaît la chanson pour détruire les services publics et faire accepter leur privatisation : les détruire de l’intérieur, les rendre invivables et inutilisables jusqu’à ce que tout le monde en ait ras-le-bol et cesse de les défendre. On s’éloigne du sujet ? Point du tout, les ERED sont une partie du problème, le symbole même de ce que l’on veut faire des services publics : des plateformes numériques impersonnelles et déshumanisées.

« Face à l’école numérique, nous ne sommes pas seuls » [4] !

ERED - article LDC éduc Gre (27.08.25)

Voir en ligne : Face à l’école numérique, nous ne sommes pas seuls

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