Une première prestation du chercheur s’était déroulée dans l’après-midi, en catimini ou presque, devant un public choisi et peu enclin à venir bousculer l’exposé ciselé pour séduire l’aréopage du rectorat présent pour l’occasion. Une deuxième session, ouverte au public cette fois, devait servir de test pour nos hiérarques afin de savoir si la pilule allait passer. Sans suspens, l’intervenant a expliqué comment l’aide humaine pouvait parfois être un frein à une bonne inclusion, au grand plaisir des chéfaillons présents dans la salle. Rien à dire sur la méthodologie ni sur les résultats présentés, en revanche de sacrés doutes sur l’éthique scientifique du chercheur en présence et au CV taillé sur mesure. Ancien Professeur des Écoles (PE) spécialisé, puis inspecteur dans les Vosges, celui qui fait la tournée des popotes académiques pour vendre le moins de moyens humains était parfaitement conscient qu’il déroulait un tapis rouge aux restrictions budgétaires dans l’École Inclusive. Il ne pouvait pas ignorer non plus que, si les gestes professionnels à déployer autour des EBEP [1] doivent être ajustés au point de pouvoir en gérer plusieurs, cela suppose avant toute chose la formation des personnels. Ce point, savamment évacué de son exposé, est pourtant la pierre angulaire des textes prescrivant la mise en place de l’École Inclusive en France. En effet, un étonnant consensus rassemble aussi bien les observateurs des organisations supranationales (UE, OCDE, ONU) que la communauté scientifique sur le point de la formation de tous les personnels, car le corollaire de l’École Inclusive c’est le développement de l’accessibilité. Or cette accessibilité entraîne une reconfiguration de l’environnement d’apprentissage des EBEP qui exige en soi des bouleversements dans les pratiques devant être accompagnées à travers un programme important de formation initiale et continue. …Il n’en a rien été.
Le constat est saisissant, alors que depuis 2005 les conditions d’enseignement se sont prodigieusement complexifiées, la formation initiale des PE a perdu 40% de volume horaire via la masterisation, le CAPPEI [2] a connu pareille érosion et surtout 5000 postes de RASED ont été fermés. Les technocrates du ministère et des services de l’Éducation nationale ont instrumentalisé le modèle de désinstitutionnalisation italien des années 70 pour fermer des structures sans redéployer les plateaux techniques au plus près des équipes pédagogiques.
La baisse des effectifs est pourtant une occasion à saisir pour parvenir à une École qui soit réellement inclusive. Dans le modèle italien, à nuancer cependant, dès lors qu’un élève en situation de handicap est inclus dans une classe, l’effectif est retranché de 10 élèves et un enseignant supplémentaire spécialisé est placé en co-intervention. Le groupe est réduit de quelques unités encore si d’autres EBEP intègrent la classe. On peut ainsi se retrouver avec une configuration d’une quinzaine d’élèves dont 3 EBEP et deux enseignants, l’enseignant spécialisé partageant ses connaissances et son savoir-faire en situation.
Cette situation pourrait être déclinée en France si on faisait le choix de former les enseignants et les AESH. En ce qui concerne les AESH ce serait une opportunité d’avoir un véritable statut en accédant à la catégorie A et en devenant co-enseignant. Ce n’est pas une chimère ! Dans les années 60, on a permis à des titulaires du brevet des collèges d’accéder au poste d’instituteur après trois années de formation. Cette possibilité ne saurait être balayée d’un revers de main quand l’E.N. prétend faire mieux avec moins, comme en témoignent la réduction des volumes de formation exposés précédemment. Au passage les prétendus et miraculeux gains de productivité à l’origine de cette baisse de formation font pâlir d’envie les start-up du monde entier. Songez un peu : parvenir au même résultat avec 40% de temps en moins c’est prodigieux, l’EN devrait faire breveter ses dispositifs de formation. Cette question ne doit pas être éludée, pas plus que celle du statut des AESH, car en leur conférant un statut inférieur (cat B ou C), on les maintient à la merci d’effets de domination. Or ceux-ci sont déjà à l’œuvre entre les EBEP et les autres élèves, mais également entre les personnels via les différentes catégories professionnelles et l’accès inégalitaire aux campagnes de promotion.
Ce n’est qu’au prix d’un réel investissement dans le système éducatif en termes de moyens humains, de respect des personnels par les hiérarchies et de formation que l’École Inclusive pourra fonctionner. Alors que les effectifs sont en baisse, que la formation des enseignants doit être revisitée, cette possibilité est à portée de main. Ce n’est pas la voie choisie depuis vingt ans et on doute sérieusement que soit celle empruntée par Macron et ses successeurs.
École inclusive : dites-nous de quoi vous avez besoin, nous vous expliquerons comment vous en passer !