Halte au massacre du peuple palestinien : arrêt du génocide !

Chef, non, chef !

Samedi 8 novembre 2025

A la rentrée, chacun a retrouvé les discours de la direction/gradaille en regrettant la plage. C’est que, parmi une foule de raisons, ce qui ne donne pas envie de se lever le matin ou mène au burn-out, il y a bien souvent les rapports avec la hiérarchie.

Ou plutôt les hiérarchies, tant il est fort vrai que nos gouvernants, suivant ainsi les principes du new management, se plaisent à multiplier et subdiviser les hiérarchies à l’infini, à les diluer dans la multitude, à les noyer dans le concept de collaboration ou à mettre des personnels tampon (qui n’ont pas les prérogatives d’un chef, mais à qui ont a donné une petite fonction en plus avec un petit rab de salaire) entre ceux qui obéissent et ceux qui donnent les ordres.

Bref, selon notre statut (agent territorial ou de l’État, personnel administratif, technique ou enseignant, premier degré, second degré, enseignement supérieur et recherche …) et même le type de contrat (CDD, CDI, fonctionnaire, service civique) la hiérarchie n’est pas la même. Ce peut être, au choix : le chef d’établissement, le DASEN, le PIAL ou le PAS (Pôles d’Appui à la Scolarité, ex-PIAL), le rectorat, la mairie, le département, la région … Or, il est difficile de s’unir contre une hiérarchie oppressive si on n’a pas tous la même. C’est d’autant plus difficile qu’elle s’organise en cascade, allant du ministère au personnel tampon en passant par le rectorat qui délègue ses pouvoirs au chef d’établissement.

En bas de la cascade, il y a donc les personnels tampon. Une personne aussi exploitée que vous et moi mais qui pense parfois pouvoir venir vous chercher des noises : l’AESH en charge du PAS, la directrice d’école avec la loi Rilhac, les CPE avec les AED (rappelons qu’ils n’ont pas de fonction hiérarchique mais sont « chefs de service »), le référent/coordonnateur d’une équipe, la chargée de ceci ou de cela.

Bref, c’est le début de l’année et la gradaille vous assure que tout le monde doit collaborer dans une sorte de fraternité efficace et « horizontale », afin que l’établissement et l’Éducation nationale puisse tourner, pour « le bien/l’intérêt des élèves ». Mais, en trinquant avec lui lors du pot d’accueil, il ne faut pas oublier le pouvoir de sanction qu’il a sur vous, quand même. L’horizontalité a, en effet, ses limites et si vous rechignez à collaborer, c’est-à-dire à obéir aux ordres avec autant de zèle que s’il s’agissait de vos volontés propres, on vous rappellera à l’ordre avec la mine contrite que l’on prend pour parler à un enfant désobéissant : « tout aurait été si facile si vous aviez joué le jeu au lieu de faire bande à part ». Faire bande à part, c’est-à-dire :

  • ne pas vouloir perdre du temps à faire passer des évaluations nationales hors sol à tous les niveaux ;
  • ne pas participer, un samedi, à la journée des sciences dans votre bahut, sur votre temps perso, en faisant cuire les saucisses pendant que votre chef les met dans un bout de pain ;
  • refuser les injonctions du DASEN à prendre la direction d’une école, poste que plusieurs personnes, poussées à bout ont déjà abandonné ;
  • refuser, en tant qu’AED de surveiller des classes parce que le prof fait cours en visio ;
  • refuser de participer à un killer géant organisé avec toute l’équipe, chef compris ;
  • refuser d’harmoniser (comprendre uniformiser) vos progressions avec votre équipe parce que le chef l’a demandé pour les groupes de niveaux ou que les enseignants ayant signé un pacte puissent plus facilement vous remplacer en cas d’absence ;
  • refuser de nettoyer, en plus des vôtres, par solidarité, les salles dont s’occupe votre collègue, en burn out à cause de la gestion managériale du chef d’équipe ;
  • refuser que vos cours de TD à la fac soient filmés pour être réutilisés les années suivantes, sans vous …
    Ça, c’est pour la partie collaboration. Oui, peut-être que vous n’avez pas envie de collaborer à ce qui vous semble absurde, voire nuisible, ou à ce qui contribue à faire oublier qu’il y a bien des hiérarchies au sein des établissements. Et tant pis si vous passez pour le rabat-joie de service.

D’autant que, quand la méthode douce ne passe pas, celle qui fonctionne sur l’esprit d’équipe, la collaboration, la bonne volonté, ressurgit assez vite le bâton. Ainsi, on ne compte plus les chefs qui usent et abusent de leur pouvoir et qui ne tolèrent aucun écart. Quitte à déborder un peu du cadre par des propos largement inappropriés, mais jamais à l’écrit, des convocations impromptues et sans motif annoncé, des mises sous pression, des menaces à peine voilées, des mises à l’écart, le recours aux faux témoignages, le harcèlement, l’utilisation de lettres de parents, la culpabilisation, les consignes contradictoires, souvent face à des personnes en situation de fragilité et/ou qui ne connaissent pas leurs droits. On a tous déjà vu ou eu à faire à ces procédés et ça ne fait qu’empirer : merci l’idéologie du new public management ! Pourtant, ça n’est pas une fatalité …


Quelques idées et conseils d’autodéfense [1]

En premier lieu, pour se défendre des maltraitances institutionnelles et hiérarchiques, il est essentiel de connaître les mécanismes du new management et pour mieux les déjouer. Il est par ailleurs indispensable de connaître ses droits.

Seul c’est toujours plus difficile qu’à plusieurs, un chef ne peut rien face à un groupe ou une équipe soudée, c’est toujours pareil : une question de rapport de force.

Un chef reste un être humain comme un autre ; il y a un travail de désacralisation à faire au niveau de la personne mais aussi au niveau de son pouvoir de sanction. Ce pouvoir est limité et une sanction peut être contestée.

Aller au front n’est pas forcément la seule manière d’agir et tout le monde ne se sent pas de le faire. Face à une hiérarchie trop pesante, il y a aussi la possibilité de la grève du zèle, du petit sabotage quotidien, du refus, de l’inertie, d’être procédurier à l’extrême, du refus des tâches et réunions non obligatoires. On ne fait pas, on fait moins, on ralentit, c’est à l’institution de pallier ses manques, pas à nous. Sinon elle se décharge de plus en plus sur nous.

Suivant la phrase favorite de Bartleby, « I would prefer not to », il ne faut pas culpabiliser de refuser ce qui nous semble aller à l’encontre de nos valeurs. Il est épuisant de ne pas être cohérent avec soi-même, nous ne sommes pas des fonctionnaires qui fonctionnent mais des être humains pensants.

Les chefs qui abusent de leur pouvoir peuvent vous pourrir la vie au boulot. Pas la peine de les laisser en plus faire intrusion dans vos temps de repos et votre vie privée : ne leur donnez pas votre numéro et coupez Pronote avec ses notifications hors temps de travail.

Si vraiment vous n’en pouvez plus de la pression hiérarchique, allez voir votre médecin qui pourra juger nécessaire de vous prescrire un arrêt de travail et faites-le passer en accident du travail/de service. Le harcèlement a une qualification juridique et peut être condamné par un tribunal. Ne restez surtout pas isolé-e et demandez conseil à votre entourage, ainsi qu’aux syndicats.


Quelques gestes de prévention face à la hiérarchie

Communication

  • 1) Laisser le minimum de (voire aucune) traces (de ce qui est susceptible d’être retourné contre soi) via les réseaux institutionnels (webmail, ENT/Pronote …) et les réseaux sociaux.
  • 2) Ne pas envoyer de messages sous le coup de la colère, écrire des brouillons et (se) laisser un délai (pour laisser décanter, demander conseil), voire ne répondre qu’à l’oral.
  • 3) Mais, prendre en note pour soi à chaud les événements pour en garder une trace précise.
  • 4) Les chefs ne sont pas des interlocuteurs comme les autres. Même en dehors des temps de conflit, il est recommandé de faire attention à ce qu’on leur communique.

RDV avec un chef

  • 5) Ne pas aller seul-e à la convocation d’un supérieur hiérarchique (sauf entretien individuel clairement spécifié comme tel, dans ce cas il n’y a que le chef face à vous) : on peut être accompagné par un un délégué syndical ou n’importe quel collègue de confiance.
  • 6) Demander une convocation écrite, avec le motif : ne pas hésiter à recadrer au cours de l’entretien si la conversation s’éloigne du motif ; voire à demander le report de l’entretien si celui-ci se passe mal.
  • 7) Ne pas y aller si vous êtes en arrêt maladie.
  • 8) Si le chef fait un compte-rendu, vous pouvez faire un contre compte-rendu.

Principes généraux

  • 9) Tout ce qui n’est pas interdit (dans les textes) est autorisé.
  • 10) Demander les textes de lois/administratifs.
  • 11) Demander une trace écrite de ce que l’on vous demande de faire, toute décision écrite peut-être contestée, dans les deux mois (recours gracieux, hiérarchique, administratif, tribunal administratif …).
  • 12) S’il n’y a pas d’ordre écrit, vous n’êtes aucunement tenu de faire ce qu’on vous demande.

En cas d’accusations

  • 13) Demander à consulter votre dossier (auprès de l’administration, en suivant la voie hiérarchique) et faire supprimer toute pièce qui n’y a pas sa place. Les dossiers sur vous qui existent ailleurs sont illégaux. Si un chef garde quelques documents administratifs, il doit détruire le dossier quand vous quittez l’établissement.
Chef non chef - article LDC éduc Gre (08.11.25)

[1Pour plus d’idées voir « Pourquoi désobéir au travail » sur le site de Frustration magazine.

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