Halte au massacre du peuple palestinien : arrêt du génocide !

Évaluations : pas besoin de boussole, le ministère indique toujours la direction !

Samedi 7 septembre 2024 — Dernier ajout dimanche 5 octobre 2025

Grève du 10 septembre : et après ?

A l’opposé d’une grève sans lendemain, il nous faut construire une mobilisation qui puisse s’inscrire dans la durée.

Évaluations : vous pouvez casser le thermomètre, le ministère continuera toujours à indiquer la température.

On ignore encore si l’Éducation nationale battra un nouveau record de démissions ou de difficultés à recruter mais une chose est sûre, l’année scolaire 2024-2025 sera celle de la généralisation des évaluations Repères. Pourquoi mettre ces éléments en parallèle ? Simplement parce que ces évaluations ne sont pas un outil au service de la profession encore moins de la progression des élèves mais un dispositif intégré au New public managment désormais bien installé à l’E.N.

Pour s’en convaincre il suffit de regarder comment sont traités et analysés les résultats. En 2023-2024, ils ont été croisés avec les IPS (Indice de Positionnement Social). Les résultats des écoles REP et REP+ ont été scrutés à l’aune des moyens distribués dans ces secteurs afin de voir s’il y avait un retour sur investissement. Les écoles sont ainsi comparées pour voir si dans un contexte social similaire certaines d’entre elles tirent leur épingle du jeu pour parvenir à la conclusion que ce ne sont donc pas les déterminismes sociaux qui guident les trajectoires scolaires. Les évaluations sont par conséquent instrumentalisées pour mettre en concurrence les établissements les uns avec les autres.

Sauf que cette focalisation sur les bons et les mauvais élèves en ferait presque oublier que l’enjeu n’est pas de savoir comment généraliser ce qui fonctionne à un endroit mais d’avoir des indicateurs. Cette approche purement quantitative vise à réduire plus encore les moyens dévolus à l’école, l’idée étant de concentrer ces moyens et de les redistribuer de deux manières :

  • récompenser les bons élèves qui auront eu de bons résultats en leur accordant des crédits pour leurs projets et leur sens de l’innovation et donc externaliser plus encore les ressources en faisant appel à des partenaires privés pour soutenir cet effort ;
  • accorder des moyens à des écoles en difficulté mais au prix d’un contrôle et d’une mise sous tutelle drastique des pratiques en sollicitant, c’est étonnant, des opérateurs privés pour améliorer les choses.

Quel que soit les résultats c’est la privatisation rampante de l’École qui gagne. Et c’est vrai, le résultat importe peu !

Au printemps les enseignants qui se battaient contre le très inégalitaire projet de Choc des savoirs ont reçu une communication de Gabriel Attal qui n’était plus leur ministre de tutelle leur expliquant que grâce à tout ce qui avait était fait depuis 2017, les résultats des élèves français s’amélioraient : ivresse du pouvoir ?

Les résultats publiés par la DEPP révèlent autre chose de plus cruel…

Les effets des dédoublements sont très faibles. En 2017, l’estimation de l’Institut des Politiques Publiques était que la réduction de 9 à 12 élèves par classe (en REP et REP+) devait réduire d’un tiers l’écart avec les écoles hors-REP. Il n’en est rien. En 2021, le gain était de 9% en français et de 14% en maths. Pour les non-matheux, 9 % ou 14% ça ne fait toujours pas 33% (1/3).

Les enseignants ne sont pas responsables de cette incurie car pour que ce type de politique fonctionne il faut qu’elle s’appuie sur l’expérience du terrain (c’est ce qui est ressorti de la généralisation du programme STAR au États-Unis) et qu’elle fasse dialoguer les enseignants avec la recherche. Or les éminences grises du ministère sous la houlette de Blanquer et de Dehaene pour ne citer qu’eux en ont décidé autrement. Leur condescendance concernant les compétences des collègues les a conduit à faire produire des guides de bonnes pratiques, injonctifs, péremptoires et surtout inopérants.

Rappelez-vous Blanquer et son copain nous avaient vendus l’infaillibilité des neuro-sciences pour faire progresser les élèves. Nos hiérarques leur avaient emboîté le pas à coup de guide orange et de protocoles, stigmatisant au passage ceux qui s’opposaient aux évaluations standardisées.

Mais pourquoi un tel unanimisme ?

Cela coûte moins cher que de mettre en place des pratiques collaboratives dans lesquelles les scientifiques rencontrent les acteurs de terrain et construisent ensemble des outils s’appuyant à sur l’expertise scientifique et sur l’expérience professionnelle.

Il est moins coûteux en termes de formation continue d’avoir recours à des produits standardisés comme il est moins onéreux de diffuser ces pratiques en formation initiale. Un enseignant qui sait lire le guide orange et le mettre en place c’est la culbute. Il ne réfléchit pas à sa pratique, il met en place ce que disent les guides et travaille sur les points déficitaires aux évaluations. Le problème c’est que ça ne marche pas et que les difficultés des élèves français semblent tellement s’enraciner (cf PIRLS ou PISA en dépit des biais qui les traversent) qu’on en arrive à des solutions miracles du type du Choc des savoirs. Finalement plutôt que d’investir et de lutter contre les déterminismes sociaux, nos dirigeants s’en accommodent et font explicitement de l’École une gare de tri social.

Alors pourquoi joindre l’inutile au désagréable, pourquoi alimenter une machine qui au final pourra se retourner contre les agents ? La question se pose car quoi qu’en diront les résultats des évaluations, la philosophie en place depuis deux décennies va perdurer : dégraisser, réduire l’E.N jusqu’à l’os.

LDC Lutte de Classes appelle à ne pas faire passer les évaluations nationales.

Faites-nous remonter les mobilisations que vous construisez dans vos établissements (contact : acad-grenoble chez ldc-education.org).

Eval - tract LDC éduc Gre (07.09.24)
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