Corriger numériquement des copie papier est en soi une absurdité. D’ailleurs, personne n’a pu nous expliquer à quoi cela pouvait bien servir. Nous n’en tirons aucun bénéfice à part rendre encore plus laborieuse une tâche qui l’est déjà.
1. Du temps perdu, des tâches abrutissantes et néfastes pour notre santé
Cette procédure interroge aussi sur le temps passé à scanner des centaines de pages de copies. Cela empiète probablement sur d’autres missions plus importantes pour le suivi des élèves.
Il y a d’autre part les dangers, bien documentés, de passer trop de temps devant des écrans. Lire pendant presque dix heures par jour des copies sur écran est infaisable, surtout des copies manuscrites souvent illisibles. De plus, le processus de correction est rendu plus complexe par le fait que l’on ne peut écrire directement sur la copie. Les enseignants sont invités à copier coller les annotations, ce qui est censé leur simplifier la vie, or ça n’est pas le cas, au contraire. C’est oublier que la correction n’est pas un travail de machine. Enfin, avec les injonctions aux pratiques dites « en distanciel », Pronote et les tâches administratives, nous passons déjà beaucoup trop de temps devant des écrans.
2. Un coût écologique énorme et une injonction contradictoire
Si l’on additionne les coûts écologiques de la numérisation, de l’envoi par mail, du téléchargement, de la consultation, du stockage de ces données, sans oublier les coûts humains et matériels dramatiquement élevés de la fabrication, de la rénovation accélérée du matériel (scanner, ordinateur…) et de la gestion des déchets ainsi générés, il n’y a pas de doute que la numérisation sera infiniment plus polluante que celle occasionnée par la méthode traditionnelle de correction, moins "chic", moins "moderne", sur papier. Le scannage, le stockage sur des serveurs et les heures de correction sur ordinateurs sont donc des sources de consommation d’énergie tout à fait évitables.
Nous nous retrouvons donc face à des injonctions contradictoires de la part de notre institution : d’une part, nous engager dans la voie du prétendu "développement durable" et, d’autre part, utiliser un ordinateur et une connexion Internet … pour corriger des copies papier !
En outre, la question de savoir où sont stockées les données et par qui est en soi problématique. On a déjà vu suffisamment de fuites de données pour avoir des doutes sur la fiabilité des moyens de sécurisation.
3. Standardisation, automatisation et remplacement des travailleurs et travailleuses par des machines
Par la numérisation, en effet, c’est l’automatisation des tâches qui se prépare. Certains s’en félicitent et se posent en bienfaiteur : la technologie numérique soulagera les personnels des tâches fastidieuses, n’est-ce pas ? Mais comme partout ailleurs, dans les secteurs de la santé, du social, de l’agriculture, jusqu’aux guichets de la SNCF, l’automatisation ne sert pas l’humain : elle est vouée à le remplacer. Elle a commencé d’ailleurs à se généraliser à l’Université, avec des tests calibrés pour être corrigés par des machines. La numérisation des corrections n’est pas une innovation de plus, bien de notre temps. Elle fait basculer les enseignant-es du côté des êtres superflus, les transformant en outils. L’objectif serait-il de corriger les copies via des IA et de faire perdre encore du sens à notre métier ?
4. La surveillance généralisée
Cette pratique permet d’observer en temps réel le travail des correcteurs et les notes obtenues pour optimiser les corrections. Il est également possible de redistribuer les copies en fonction des besoins et donc, par exemple, les copies d’éventuels grévistes. L’enseignant ne sait donc ni combien de copies exactement il va corriger, ni si ses notes ne seront pas modifiées. D’autre part, Blanquer l’avait en son temps annoncé, cette façon de corriger les copies permet de recueillir des données afin de créer des contenus de cours ad hoc. Ce qui se profile donc c’est bien la gestion managériale de l’éducation, qui va de pair avec sa privatisation, via des logiciels privés, nous imposant leur fonctionnement et leurs contenus en faisant intrusion dans nos pratiques.
Pour conclure
Nous opposer à la correction numérisée des copies est un moyen d’initier une réflexion de fond sur les impacts écologiques et humains de la numérisation systématique de l’Éducation Nationale. Le numérique ne peut remplacer l’enseignement réel et s’il semble « pratique » cela n’est souvent qu’un leurre. Il fait gagner du temps … pour pouvoir faire encore plus de choses.
D’autre part, la correction numérisée des copies n’est qu’un aspect du « bac Blanquer », même si, depuis, beaucoup de ministres ont coulé sous les ponts. La mise en place d’aucune réforme n’est inéluctable, nous devons continuer à lutter contre l’ensemble de ces réformes qui détruisent le service public d’Éducation, précarisent les personnels et les exploitent, trient et angoissent les élèves : grand oral, lycée prétendument à la carte, Parcoursup, destruction du tronc commun, évaluation permanente, numérisation à outrance, programmes partisans, Pacte, militarisation de l’enseignement …
Refusons de corriger sur Santorin !
Non à la correction numérisée des copies !
La correction numérisée des copies : c’est toujours non !