Après avoir hésité à nommer Nadine de Rothschild rue de Grenelle, Barnier a voulu maintenir le cap des précédentes mandatures en plaçant Anne Genetet à la tête du ministère de l’Éducation nationale. Cette continuité dans l’incongruité doit-elle nous surprendre ? Après tout Bachelot et Dati à la Culture ou Oudéa-Castéra et N’Diaye à l’Éducation nationale sont des castings tout aussi surréalistes.
Il y a pourtant des enseignements à tirer de ces nominations surprises. Premièrement, et quoiqu’il arrive, on ne compte pas sur le brio de ces personnalités pour porter un projet ou marquer de leur empreinte leur passage dans un ministère. Deuxièmement, cela met en évidence une approche technocratique dans la gestion de l’État. Une tête de gondole est trouvée pendant que des cabinets privés ou publics ont les rênes du ministère avec une ligne de conduite, quant à elle bien explicite : réduire la dépense publique.
Le problème de ces choix marqués du sceau de l’incompétence, c’est que la focalisation sur la nullité des personnes en ferait oublier l’arrière-plan. En effet, les nuances entre les ministres affidés à la Macronie et la pantomime démocratique qui a placé Barnier à Matignon sont mineurs et se déclinent ainsi :
- la préservation de l’ordre bourgeois est le seul horizon possible, pas question de faire des concessions à la plèbe : les patriciens et oligarques doivent continuer à se gaver ;
- une vision réactionnaire et post-coloniale de la société. Il suffit de faire un panorama de ce gouvernement pour s’en convaincre entre les positions racistes des uns, conservatrices des autres ;
- des gages donnés au Rassemblement National pour arbitrer les débats.
Ainsi la nomination de Anne Génetet obéit-elle à cette grille de lecture. Son passage sous les tropiques témoigne de sa condescendance envers les prolos et les étrangers et il n’y a rien à espérer d’un dialogue social avec elle ou les différents cabinets du ministère. Elle a elle-même réaffirmé qu’elle allait inscrire son action dans la continuité de ses prédécesseurs : démantèlement de l’École Publique, favoritisme en direction du privé et surtout ne pas dévier de la politique de tri social, instaurée par les différentes réformes prises sous l’ère Macron (Parcoursup, réforme du lycée, évaluationnite, « Choc des savoirs »).
Comment en douter ? A l’autre bout du circuit on retrouve un Patrick Hetzel en charge de l’enseignement supérieur avec à son CV, le concours à la mise en place de la funeste LRU qui depuis près de 20 ans, détruit l’Université à la française.
Ce balayage rapide de notre horizon immédiat pourrait nous conduire au désespoir. Ce serait pourtant mésestimer la fragilité avec laquelle ces personnes sont parvenues au pouvoir, ce serait aussi douter de notre capacité à lutter…
Enfin se battre réellement, sans s’empêtrer les pieds dans la mauvaise conscience, sans se raconter que la grève est vaine, sans avoir peur d’une hiérarchie qui n’aura montré qu’un seul visage ces dernières années : la soumission, la docilité et la férule dès lors qu’il faut mater les récalcitrants. Eux-aussi sont fragiles et nos organisations collectives peuvent les faire trembler. C’est résolument avec cet état d’esprit que nous pourrons combattre ce qui semble inexorable.
Qui a dit que le petit personnel c’est plus ce que c’était ?