Devant l’émotion causée par ce tri officiel, la nouvelle ministre annonçait début mars que les groupes existeraient toujours mais que le tri se ferait selon les critères des enseignants. Puis la ministre dut désavouée par la premier ministre qui a martelé le maintien en groupes de niveaux… quoiqu’il en soit du flou devenu permanent, on sait que les évaluations nationales du début de 6° (appelées à se généraliser à tous les niveaux) serviraient à organiser le tri selon les niveaux de compétences et de connaissances dès le début d’année.
Dans leur grande majorité les professeurs s’opposent à cette réforme, injuste et mal préparée. Elle aura des effets désastreux sur l’estime de soi des élèves, sur les emplois du temps, les pertes d’heures de cours, l’éclatement du groupe classe.
Ces annonces provoquent également des hauts-le-cœur à de nombreux enseignants, elles vont à l’encontre de ce qu’ils aiment à penser : l’école permettrait à chacun, selon son niveau, de progresser, de se cultiver et enfin de s’émanciper.
Pourtant, malgré toutes ces justifications fondées, on constate une bien faible mobilisation de la part des professeurs de collège. C’est que dans les faits, ils savent bien que le tri est déjà fait. D’ailleurs on ne cesse de leur rebattre les oreilles des inégalités sociales reproduites par l’école. Ce sont bien les enseignants qui ont la conscience la plus aiguë du fossé qui sépare les élèves capables de lire, de comprendre, de ceux qui subissent toute leur scolarité. Et cet état des choses, personne n’en est très fier… Dans les salles des profs, on assiste tellement souvent aux conversations désabusées de collègues se plaignant d’élèves incapables de se concentrer, de comprendre, ou tout simplement de faire leurs devoirs. Les professeurs ne voient peut-être pas tellement les raisons de se battre pour conserver un système dans lequel ils ne croient plus vraiment.
Ce que l’on constate, c’est que derrière la réforme du collège, tout comme celle du lycée en 2019, c’est le numérique qui est à l’œuvre. Ainsi, les élèves de 6° seront triés, à la rentrée, par leurs enseignants du primaire qui les connaissent ou par les évaluations nationales, en ligne. Ainsi, comme pour Parcoursup, on délègue l’avenir des élèves, ou du moins leur année scolaire, à une machine.
Au lycée, les élèves ne font aujourd’hui plus partie d’une classe. Face à la multiplication des options chacun a un emploi du temps personnalisé. Impossible de s’y retrouver sans des logiciels de gestion puissants. D’ailleurs les lycéens consultent leurs smartphones en continu pour être au courant des derniers changements d’emploi du temps. Avec la multiplication des groupes, la gestion des collégiens s’annonce aussi catastrophique. Imagine-t-on des 6° sans classe, ou groupe, fixe ? Comment pourront-ils s’organiser, se repérer ? Devront-ils eux aussi consulter sans cesse les dernières mises à jours de leur actualité collégienne en ligne ?
En 2020, le confinement a pu être possible et soudain parce que « tout était prêt pour fonctionner à distance » [1]. Le gouvernement n’a eu qu’à le décréter, les machines, et les gens derrière leurs écrans, se sont chargés du reste.
En 2024, nous pensons que s’il faut dénoncer cette nouvelle réforme et ce qui la rend possible : le numérique.
Réformes, tri social et numérique